Sanctuaire

Homo sapiens sapiens

Depuis que l’Homo est sapiens, il a toujours eu la volonté de couper le cordon avec sa mère nourricière, la Nature. Religion, philosophie, industrialisation et urbanisme sont autant de chemin vers la rupture. Au fil de l’Histoire, L’Homme sauvage nomade est devenu une entité grégaire, enfouissant son animalité au plus profond de son être, entassé dans des villes artificielles grises de béton, noires de pollution, assourdissantes d’un vacarme mécanique, ultra-connecté déconnecté du reste du vivant. 

S’éloigner de sa nature première ne suffit pas, il propage depuis les premières civilisations que toute autre forme de vie lui est hostile. les Homme modernes, alias Homo industrialis et Homo informaticus, ont pensé et conçu des méthodes pour modifier la Nature, la dominer et la contrôler.

Depuis la naissance de l’agriculture, les paysans ont fait les paysages ; les prairies, les pelouses, les forêts, les montagnes, les rivières, les tourbières sont devenus des champs, des herbages, des futaies, des pâtures, des bosquets, des alpages, des canaux, des combustibles. La nature anthropisée dévore la sauvage.  Aucun lieu vierge ne subsiste dans sa divinité originelle. Les Hommes ont remplacé les theo natura, les divinités animalistes, vétégales ou mininérales, par les theo miraculum, les dieux à l’images de l’Homme

Malgré cette volonté de scission, un groupe d’indomptés reste lié à la Terre et à ses forces telluriques. Ils connaissent et protègent les derniers espaces encore préservés dans leur structure originelle, le Sauvage, les reliques de l’origine, les refuges du vivant, les derniers sanctuaires.

Dès que je ne supporte plus mon image sociale, que je projette pour une meilleure intégration, je me déphase de cette civilisation vide, stérile et modifie mon appréhension du temps. Il devient plus lent, plus langoureux, plus calme. Le torrent où tout change en tout temps et tout lieux, s’apaise en une rivière identique en tout temps et tout lieux, écoulement d’une routine réconfortante qui imprègne chaque pas de sureté. La vigilance permanente se meut en une marche rêveuse. Passager urbain, j’habite la Nature. Ainsi sont les gardiens, dont je fais partis.

Je quitte la ville, quitte la nature anthropisée dans laquelle aucune émotion ne me retient. Je prends la route pour un sanctuaire. 

Je m’enfonce dans la nature. L’atmosphère change de couleur, de matière. Les aplats de couleurs, semblant de vie, sur les gris urbains laissent place à l’ensemble de la chromatique existante. Toutes les nuances de verts sont le théâtres de toutes les autres teintes dans une harmonie splendide. L’air s’adoucit, l’amertume pesante des pots d’échappement se disperse. Les inspirations ont le parfum des fleurs, des bouffés de miels. Le temps se contracte ou se dilate, je ne sais pas, il devient indéfinissable. Le capharnaüm urbain, lointain, est étouffé, le silence règne. Une bulle se forme autour du sauvage. Dans un sanctuaire, on s’invite en douceur, sur la pointe des pieds. Je ne suis pas encore chez moi. Isolé pour le commun des Hommes, je ne ressens pas le poids de la solitude. Ces lieux semblent encore habités par une divinité depuis longtemps oublié par nos sociétés modernes. Alors pour ne pas l’effrayer, j’imprègne mes mouvement de délicatesse ; je me phase à son écoulement temporelle. 

Assis, les mains au sol, je respire l’atmosphère du sanctuaire. J’inspire son essence, sa matière s’insinue dans mes poumons, mon sang, puis tout mon corps. Mes mains s’enfoncent dans la terre, ressentent sa texture, son humidité, sa chaleur, son battement. Je suis accepté en ces lieux. Le sauvage se montre. Les feuilles fremissent, les insectes reprennent leur travail, le vent danse, transporte les messages des végétaux . Les vagues de l’air sont le souffle de la vie du sanctuaire. La musique oiseaux s’harmonise aux volutes des vents. Les fleurs valsent, répandent leurs fragrances, l’invitent à les respirer comme on se penche sur dans le cou de son amoureuse.

Les derniers Theo natura, les nymphes, se dévoilent timides et pudiques. Ma compagnie semble les divertir. Elles penchent derrière moi et me souffle leur secret. Les yeux fermés j’écoute, attentif, concentré pour ne pas me retourner. Si je cherche à la voir, elles disparaissent plus vite qu’il ne ma fallu pour qu’elles m’apprivoisent. 

Elles me prennent la main , me pousse à faire un pas de côté, à se déphaser, de l’autre côté de nous même. Comme lorsque l’on veut regarder une forêt face au soleil éblouissant. La divinité du monde se cache dans le soleil. Naturellement, nous détournons le regard, ou fermons les yeux sans jamais voir les dieux. Nous faisons un pas de côté, un arbre éclipse l’astre solaire. nous découvrons alors un monde empreint de superbe. Jamais nous ne voyons les theo natura, mais nous pouvons décerner leur présence dans la beauté du monde, dans la vie en toute chose. Alors nous percevons la végétalité d’une plante, l’animalité d’un animal, faisant de moi un Homme humain, libre, serviteur de la nature.Ils nous inspirent en nous montrant la nature sous un angle nouveau, où la beauté du monde peut s’incarner dans une plantes, un insecte, un animal, une lumière, une scène banale de la nature ; une vision de l’essence même de la vie.

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Faire un pas de côté, c’est voir la vie. c’est découvrir le monde sous un regard sauvage. Le bien est le mal n’existe pas. Tout ce qui est est par nécessité. La bonté et la méchanceté n’ont pas de sens. Tout ce qui est est pour la vie. faire un pas de côté c’est vivre dans la juste nécessité de la vie, découvrir la part de soi qui fait que nous sommes humains, comprendre ce qui lie tous les Homo à travers l’espace et le temps.