Je m’intéresse à la photographie et à la botanique depuis 2007. La botanique est une science qui demande un bon sens de l’observation, de la rigueur et une éternelle remise en question. La photographie est un art qui mêle regard, technicité et une éternelle recherche de soi.  Ces années d’expériences dans les deux domaines m’ont permis de conclure que la botanique est indissociable de la photographie. Les deux disciplines demandent les mêmes qualités si l’on veut progresser et en apprendre toujours plus.

La botanique est une science qui demande remise en question. Les certitudes ne sont jamais bonnes pour celui qui cherche la vérité. C’est pourquoi les botanistes font des herbiers. Cela leur permet de revenir régulièrement sur la plante afin de faire de nouvelles observations, de nouvelles mesures. Pour la confection d’un herbier, traditionnellement on cueillait la plante pour la sécher et la conserver. Les principaux défauts de ce type d’herbier sont que la plante flétrie, perd ses couleurs et devient vite méconnaissable. Le botaniste perd très rapidement des données primordiales. Il n’est pas rare qu’une légère variation de couleurs fasse la différence entre deux espèces. Avec l’arrivée de la photographie numérique il est devenu possible de concevoir un herbier numérique de qualité sans cueillir les plantes, notamment les espèces protégées, et en conservant tous les détails qui disparaissent avec le temps dans un herbier traditionnel. Pour cela il faut savoir ce qui est important de photographier pour permettre une identification efficace même quelques années après.

Pour bien comprendre la démarche, il nous faut d’abord décomponser une plante. La première partie, celle qui est presque tout le temps négligée, se nomme l’appareil végétatif. Il s’agit de l’ensemble des organes d’une plante qui assure sa croissance. Racines, tiges, et feuilles. La seconde partie est l’appareil reproducteur. Il s’agit tout simplement de la fleur, du fruit et des graines.

Racines : Il est difficile de les photographier. Ce n’est pas grave. Généralement on peut se débrouiller sans… généralement.

Tiges : Les tiges vont former la structure de la plante. Il peut en avoir une seule, comme plusieurs avec des ramifications. Il faut donc montrer au mieux comment sont disposées ces ramifications. Elles peuvent aussi être dressées, rampantes, montantes, grimpantes, etc.

Feuilles : La feuille est constituée d’un limbe (la feuille) et d’un pétiole (la petite tige qui attache la feuille à la tige). La photo doit correctement présenter ces deux parties de la feuille, ainsi que la répartition des feuilles sur la tige et les unes par rapport aux autres.

Fleurs : On doit pouvoir compter les pétales, les sépales, les étamines et les pistils. Il faut aussi montrer les dispositions des unes par rapport aux autres.

Fruits et graines : Tout comme les racines il est assez rare de les utiliser pour identifier la plante. Mais ça peut arriver.

Maintenant, nous savons comment se compose une plante et quelles sont les parties importantes. Il n’est pas forcément évident de tout photographier du premier coup. Après quelques essaies, vous vous rendrez compte que l’on prend vite la main, et qu’au final 3 ou 4 photos bien réalisées suffisent pour  présenter tout ce qui est important à l’identification. On peut appeler cette discipline la photographie naturaliste, on s’attache bien plus aux détails  de l’espèce qu’à l’art de la photographie, même s’il faut déjà en connaitre, à minima, les techniques.

  • La photo d’ensemble : Elle permet de savoir quel est l’habitat de la plante. Elle présente aussi les structure globale de l’espèce, les tiges, la répartition des feuilles et des fleurs, les couleurs, etc.
  • La vue rapprochée tiges/feuilles : Sur une seule photo il est possible de voir les détails de la tige (forme, pilosité, etc.) et de la feuille (limbe, pétiole, dentelé ou non, pilosité, etc.)
  • Les photos de la fleur : Souvent une seule photo ne suffit pas. Il faut en réaliser deux ou 3 afin d’avoir tous les détails. Une vue de dessus, de profil et, si c’est important, une vue de dessous.

Exemple avec les primevères de la famille des primulaceae.

Primula veris : Longue tige pubescent, feuille pubescent qui s’arrête brusquement, petite fleur jaune plutôt fermée

Primula vulgaris : tige courte velue, feuille velue qui s’arrête progressivement, grande fleur jaune pâle ouverte

Primula elatior : longue tige pubescent, feuille pubescent qui progressivement jusqu’à à la base, grande fleur jaune ouverte

Voilà ! Les photos naturalistes sont réalisées. Sur le terrain, la réalisation de ces photos ne prend que deux petites minutes. Surtout qu’au commencement il n’est pas obligé de faire de jolis clichés. Malgré toutes ces nouvelles techniques rien ne vaut une identification sur le terrain. Après cela vous pouvez passer du côté artistique de la discipline. Avec le temps les techniques se perfectionneront, les connaissances et les précisions naturalistes aussi, et vous arriverez à mélanger science et art.


Primevères

Anemone


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