Jérusalem

 J’ai perdu la vue à Jérusalem. Mon monde s’est éteint subitement par la violence même de ce monde.

Au commencement une fleur étaient une fleur semblable à toutes les fleurs, un oiseau était un oiseau comme tous les oiseaux.

Le monde s’est étonnamment ouvert à moi, plus vaste et plus habité.

Chaque rose, lilas, pivoine, chèvrefeuille, jasmin, lavande, clématite se présentait par leur fragrance unique. Chaque moineau, mésange, pic vert, rouge-gorge, merle, rossignol, pinson m’interpelait par leur chant propre.

Puis, l’odeur du goudron a subtilisé les arômes floraux, le bruit des voitures a gommé les mélodies aviennes.

Le monde s’est tristement réduit à un hortus de quelques roses et un merle.

Et un jour de mai, les murs du clos se sont écroulés, le bitume et les vrombissements se sont tus, couverts par un parfum de vernix et par des petits pleurs. Tu es né ​ce jour-là.