Une mare de plus, un rêve de triton

Une mare de plus, un rêve de triton

– Le Pic Vert
– Creuse, façonne et bâche
– Un réseau de mares, interview de Martial Botton
– Les différentes mares du site de Rives
– Portfolio du reportage

La météo clémente, du vendredi 28 et samedi 29 novembre, a été l’occasion pour les membres du Pic Vert de réunir leurs forces et leurs convictions pour la création d’une mare. Pelles, pioches, brouettes, sables, géotextiles, bâche, pierre et la force de pas moins de trente paires de bras ont été nécessaires pour modeler un espace naturel totalement artificiel.

Le Pic Vert

MareSaintMarcelPicVertD’un point du vue purement ornithologique, le pic vert est un oiseau appartenant à la famille des picidés, au plumage vert et jaune,  au béret rouge, au vol ondulatoire et au chant bien caractéristique.  Dans le pays voironnais, en Isère, le Pic Vert a une toute autre résonance. Le Pic Vert est une association de protection, de sensibilisation et d’éducation à l’environnement basée à Réaumont. Elle réunit plus de 670 adhérents qui partagent le même amour de la nature. Ses activités occupent un large spectre des activités professionnelles et amateurs de nature. L’association propose des sorties natures, ou en anime auprès des scolaires par exemple. Elle propose aussi des conférences, des projections de films et des débats. Mais là où elle se distingue, c’est dans sa participation à des comités de pilotage de projets régaliens, la gestion d’espaces naturels et des chantiers réhabilitation ou d’aménagement de site. Le Pic Vert est une association motrice qui s’engage dans les combats écologiques tout en apportant un argumentaire solide et débattu. Le point fort de cette association de protection, de sensibilisation et d’éducation à l’environnement est l’éducation à l’environnement. Tous les combats sont vains si les populations ne modifient pas leurs regards et leurs habitudes par rapport à la nature. Et le Pic Vert l’a bien compris. Tous les membres partagent leur passion avec qui veut bien les écouter et apprendre. Dernièrement ils ont créé une école de la nature, la commission naturaliste, gratuite et ouverte à tous, qui se présente sous la forme de réunions conviviales. Apprendre par l’échange. Une manière simple et à la portée de tous ceux qui veulent protéger leur environnement.

 


Creuse, façonne et bâche.

Samedi, 9h, je suis le premier sur le site qui accueillera bientôt une mare. La mare est déjà creusée et sablée. Une petite cabane, la cabane Marcel (du nom de son génial constructeur), sort ses petites vitres du sol. C’est une cabane simple, sobre. Des planches de bois en font les murs, et de la taule ondulée forme le toit. Des personnes y passeront des heures. Ils n’y viendront pas pour le confort d’un âtre chaleureux, tout d’abord parce qu’il n’y en a pas, mais tout simplement parce l’affût ornithologique demande la plus grande discrétion et un camouflage parfait. Pas de chauffage, pas d’odeur, pas de bruit. Peut-être alors que les photographes pourront observer quelques oiseaux se baignant, pêchant ou encore interagissant avec d’autres espèces. Et pour cela il faut une mare accueillante.

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Martial me raconte qu’une pelle mécanique a creusé le trou au printemps dernier. Puis en été, quelques travaux ont aussi permis de continuer le projet de la mare. Ce n’est que ce vendredi 28 novembre, qu’un bon nombre de bénévoles sont venus retravailler les abords de la mare. Le fond a ensuite été sablé, pour éviter de percer les textiles qui vont venir se poser dessus. J’étais malheureusement absent ce vendredi et je n’ai pas pu assister à cette première demi-journée de travail et à la confection de cette première couche sableuse.

Samedi matin, les premiers arrivés sur le site ont enlevé les cailloux, trop gros et trop pointus, qui se cachaient encore dans le sable humide. Même les petites mains ont été efficaces. Le plus jeune volontaire, commis d’office par son père, n’a pas encore 2 ans. Même s’il ne sait pas pourquoi il lance des cailloux le plus loin possible, il prend beaucoup de plaisir à ce jeu d’enfant. L’étape suivante est la pose d’un géotextile. Il ne faut donc aucun caillou qui pourra percer ce textile fragile. Le géotextile est une sorte de tissu blanc léger. Il est enroulé sur un tube. Après quelques mesures précises de la taille de la future mare, des longueurs ont été découpées. 4 bandes d’environ 30m. Il a fallu ensuite tous les bras, plus ou moins forts, pour transporter et déposer soigneusement cette seconde couche.

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Jean-François, veille au grain. Il contrôle toutes les étapes une par une, que tout soit parfaitement bien fait. Un projet comme une mare n’est pas qu’un projet écologique. C’est aussi un projet économique. Il ne faut pas l’oublier ! Il a fallu obtenir l’accord du Conseil Général de l’Isère, des fonds pour la construction de la cabane et confection de la mare. Il ne faut donc pas louper le projet, ni décevoir les partenaires, ni les adhérents, ni les bénévoles qui s’activent pour ce projet. Et, même si de l’extérieur on ne s’en rend pas compte, une partie de l’image de l’association est en jeu. Et puis cette mare est aussi un défi pour le Pic Vert, c’est la plus grande que l’association aie faite jusqu’à aujourd’hui.

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La seconde couche est bien posée. Un voile blanc recouvre le trou boueux. L’eau passe au travers. La troisième couche va être la plus importante. L’installation de la bâche étanche est une opération délicate. La bâche noire est d’un seul tenant. Plus de 400 kg qu’il faut déplacer, déplier, transporter et poser en lieu et place du trou. Elle est dépliée en dehors de la mare. Le problème, avec une telle superficie de bâche, est qu’il est impossible de la tendre. Le milieu traine au sol à même les ronces. Le rôle de la bâche est simple. Elle est totalement étanche. La bâche retiendra l’eau qui formera la mare. Si elle est percée lors de son transport, elle ne jouera pas son rôle et la mare se videra plus rapidement lors des périodes sèches. Conscient de cet enjeux, tous les bénévoles s’emploient à transporter et à protéger au mieux cette dernière couche. Une fois au-dessus de la mare, il faut la tendre. Entre le poids et les frottements avec le sol, cette manipulation demande beaucoup de force. Après plus de vingt minutes, la bâche est en place. Ça y est, c’est fait ! La mare est finie…enfin presque. Faut-il encore qu’elle puisse accueillir la vie.

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Il est maintenant temps de se consacrer au moment le plus sympathique de la création d’une mare. Il s’agit de poser les pierres et les mottes de terre qui vont  servir d’abris. On peut comparer cela à la décoration de son premier appartement. La constitution de l’îlot est un travail soigneux. On pose des pierres et du sable est versé au milieu. Dans les trous, quelques bénévoles versent de l’eau et libèrent les premières grenouilles trouvées sur le site la veille dans les petites flaques de la mare avant l’installation de la bache. C’est l’occasion pour certains de faire plus amples connaissances avec ces petites bêtes.

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Une petite collation s’impose. Moment de détente et de partages. Certains parlent de leurs dernières observations naturalistes, d’autres d’un certain festival de photos de nature célèbre. Ou encore programment quelques sorties natures. Avant de partir, il est impératif de nettoyer le site, de replier le géotextile et la bâche non-utilisée. Un chemin d’accès à la cabane, caché, est monté par quelques personnes.

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La mare est presque fini. Il ne manque plus que l’eau. Un agriculteur viendra, dans les jours qui viennent, y déverser pas moins de 28m3. L’eau finira de plaquer la bâche au sol. L’agriculteur gerbera, avec son tracteur, les dernières mottes de terre qui caleront et cacheront définitivement la bâche. Cela se fera lorsque le sol sera gelé. Un engin de ce poids laisse des traces profondes dans un sol aussi mou et humide. Il reste des ornières de son dernier passage. Ce n’est pas forcément un mal. Ces trous se comblent d’eau et deviennent des mares temporaires. Le genre de mare que l’alyte accoucheur (Alytes obstetricans) ou encore le sonneur à ventre jaune (Bombina variegata) affectionnent particulièrement. Ces espèces, dites pionnières, convoitent ces points d’eau sans prédateur, sans vie, afin de s’y reproduire sereinement.

Maintenant, il ne reste plus qu’à attendre la colonisation de ce nouvel espace naturel. Il ne faut pas être pressé. Cela peut prendre quelques années avant d’observer un fonctionnement écologique normal. Entre la végétation, les oiseaux, les amphibiens, les insectes terrestres et aquatiques, les rongeurs, et autres, la nature doit trouver un équilibre entre tous les êtres vivants, entre tous les éléments de la chaîne trophique.

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Un réseau de mares

Selon les spécialistes, une mare est un hydrosystème clos, uniquement alimenté par le ruissellement superficiel. Il existe aussi des mares phréatiques, dont le niveau d’eau se modifie avec le niveau de la nappe phréatique. En période sèche, elle peut perdre la totalité de son eau. On parle alors de mare temporaire, ou a contrario de mare permanente. Il y a d’autres façons de classer les mares, en fonction de leur acidité par exemple, mais nous n’en parleront pas ici. On pourrait consacrer des heures au sujet des mares. Ici il va plutôt être question de l’utilité d’un réseau de mares. Un réseau de mares est un ensemble de mares interconnectées par des corridors biologiques, tels qu’une haie, une prairie ou encore un petit bois. En somme, un corridor biologique est un système qui permet à la faune de passer d’un éco-système à un autre tout en restant en sécurité. Avec un réseau de mares, la faune ne se cantonne pas à un seul plan d’eau mais  à plusieurs milieux d’eaux stagnantes. On peut aussi traduire cela par le fait que les petites populations de chaque mare deviennent une grande population répartie sur plusieurs stations biologiques. Et ces mêmes populations peuvent ainsi échanger leurs gênes de manière intra-mare et aussi inter-mare. L’intérêt principal de ces échanges est d’éviter la dégénérescence d’une espèce et ainsi assurer sa survie dans le milieu.

Les espèces profitent aussi d’un plus grand espace de vie, plus d’accès à plus de nourritures, plus de cachettes. Bien sûr le fait d’avoir des mares permanentes et temporaires offre des facilités à la biodiversité pour se développer.

Prenons l’exemple du site de Rives, géré par le Pic Vert. Le réseau de mares est constitué d’une quinzaine de mares. Une espèce vulnérable du secteur est le triton crêté (Triturus cristatus), il a besoin d’un réseau de mares et de prairie pour se reproduire. D’autres espèces d’amphibiens comme le crapaud calamite (Epidalea calamita) se reproduisent dans des mares temporaires. Afin de mieux comprendre l’ampleur du projet « réseau mares » du Pic Vert, écoutons Martial Botton qui a pris le temps de répondre à quelques questions.

 


Les différentes mares du site de Rives

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Au final, même si les espèces visées sont des amphibiens, cette démarche profite aussi à tous les habitant faunistiques et floristiques des mares, aquatiques et terrestres, mais aussi aux hommes.

 


 

PORTFOLIO DU REPORTAGE

 

9 réflexions sur “Une mare de plus, un rêve de triton

  1. Bonjour, je suis certain que vous avez bien pensé à placer sur le pourtour de cette belle et nouvelle marre, des petites « rampes » et autres accès divers afin de permettre aux petits animaux tombés dans l’eau par inadvertance de pouvoir en ressortir !
    (je ne suis pas adhérent au Pic Vert mais intéressé par tout cela, photographe pro depuis 25 ans et super pote du Roland T. !)
    Bien à vous.

  2. Super boulot François, bravo !
    Pile poil ce que j’imaginais quand j’ai proposé le projet de reportage !
    Te voila intronisé journaliste photonaturaliste !
    Eric

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