Prospections dromoises

Diois, territoire naturel

Le pays du Diois recouvre le sud du massif du Vercors et le nord du massif du Diois en Drôme provençale. Dans la vallée coule Drôme, belle est sauvage. Pour celui qui est patient, il lui sera possible de rencontrer le castor, Castor fiber. Cette région est constituée de petites collines verdoyantes aux pieds de quelques colosses. Le Diois est dominé par le Glandasse, barrière rocheuse qui culmine à 2041m. On y trouve principalement des boisements et des prairies maigres et sèches. Pour tout amoureux de la nature, le Diois représente un paradis terrestre. Une biodiversité exceptionnelle dans un paysage envoûtant. Les deux tiers du territoire font partie du Parc Naturel Régional du Vercors. Il abrite une faune et une flore patrimoniale importante. Si vous avez de la chance vous pourrez observer entre autre le vautour fauve (Gyps fulvus), le tétras lyre (Tetrao tetrix), le monticole des roches (Monticola saxitilis), la gentiane ciliée (Gentianopsis ciliata), la gagée jaune (Gagea lutea), le lis martagon (Lilium martagon), la tulipe (Tulipa sylvestris subsp. australis) ou l’ophrys de Drôme (Ophrys drumana).

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 Drumana en Diois

J’essaye d’aller dans le Diois au moins une fois par an pour photographier l’ophrys de Drôme. Plus exactement pour prospecter les sites naturels capables d’accueillir ce végétal. Elle ne se repère pas facilement de loin. Souvent il faut être à quelques mètres pour la distinguer. Son port élancé mesure entre 10 et 30 cm. Il porte entre quatre et douze fleurs en épi laxiflore, c’est à dire plutôt dispersées. La fleur justement. Elle se compose d’un périanthe, pétales et sépales, rose avec une nervure médiane verte. Le labelle à ses bords rabattus. Sa couleur va du brun au brun rougeâtre. Il est couvert par une pilosité rase et dense qui s’éclaircit et s’allonge vers les bords. Sa macule placée en son centre, le motif qu’arborent fièrement toutes les ophrys sur leur labelle, forme en général un parallélépipède bleuté placé en son centre.

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Cette année je parcours les prairies et les collines avec un ami. Si on la trouve ça sera pour lui une première rencontre avec cette très belle espèce. On commence par une station sur laquelle j’ai trouvé un seul et unique pied d’Ophrys drumana en 2013. Le pied n’est pas là. On se pose des questions. L’année précédente j’ai observé l’espèce en même temps qu’Ophrys druentica. Cette année O. druentica est en fleur. Mais pas d’O.drumana. Est-ce que je suis passé à côté ? Est-ce que ce n’est pas encore la bonne période ? Est-ce que le pied a disparu ? Ce qui est sûr, c’est qu’il faut chercher ailleurs cette année.

Nous nous dirigeons alors sur une autre station. D’après les observations de mes prospections précédentes, la plupart des terrains à O.drumana étaient exposés plus ou moins vers le sud. Donc pour que les recherches soient efficaces, il faut privilégier les expositions sud. Seconde station. Exposition plein sud. Le talus fait environ 100m de long, pour 20m de large et 10m de haut. Pour optimiser la prospection il vaut mieux monter la pente que la descendre, on voit mieux le terrain. Du coup nous montions et descendons la pente à de multiples reprises. Avec cette méthode nous connaissons parfaitement le talus, et notamment la répartition de tous les individus de chaque espèce d’orchidée. Nous avons ainsi pu observer l’orchis homme-pendu (Aceras anthropophorum), l’orchis militaire (Orchis militaris), l’orchis pourpre (Orchis purpurea, dont un pied touché de gigantisme), l’ophrys de durance (Ophrys druentica), l’ophrys mouche (Ophrys insectifera), l’ophrys petite araignée en fin de vie (Ophrys sphegodes subsp araneola) et la listère à feuilles ovales (Listera ovata) et la platanthère verte (Platanthera chlorantha), etc. Après avoir fait tout le tour du talus, en sous-bois et en prairie, et après l’observation d’une dizaine espèce d’orchidées, il n’y avait pas un signe de notre cible. Le positif est que ce talus présente des pentes fortes, douces et des plats. Le tout soit en prairie sèche ou en bois et avec une grande diversité de sujets floristiques et faunistiques. Il y a aussi un bon nombre de papillons et d’ascalaphes. Ce lieu est donc un spot photographique parfait, d’autant plus qu’il profite de la lumière du lever et du coucher du soleil. Je note l’endroit sur une carte pour ne pas oublier car cette fois je n’ai pas le temps d’y rester. En repartant vers la voiture, mon ami m’appelle. Il a trouvé un très beau spécimen d’ophrys bourbon (Ophrys fuciflora). Comme il n’est pas très bon pour retenir les noms en flore, je vais y jeter un œil. L’Ophrys drumana était là, sous ses yeux, et il ne l’avait pas reconnu. Enfin ! Trois heures de recherches récompensées. Mais pour un seul et unique pied. Il pousse sur une prairie sèche, entouré d’herbes et de graminées plus hautes que lui. La station profite d’un ensoleillement total. Nous plaisantons « Ça doit être comme les champignons, quand tu en trouves un, tu en trouves des dizaines »…Même si c’était à l’origine un trait d’humour nous cherchons autour scrupuleusement… Eh bien non, rien ! Espérons que l’année prochaine, cet individu sera toujours présent.

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Je ne baisse pas les bras et lui propose d’aller sur une colline avec une station déjà repérée l’année précédente. Le site est comme les autres. Exposition sud.  Cette fois l’accessibilité est plus difficile. La pente est raide. Le terrain est assez chaotique mais présente un bon nombre de petite terrasse pour accueillir la flore. Nous revoyons les espèces déjà observées. Mais pas d’arrêt cette fois, le temps joue contre-nous. Un seul objectif, le sommet. Sur le plateau nous retrouvons les cinq pieds d’Ophrys de Drôme déjà référencés. Tiens ! Trois individus de plus. C’est une bonne année me dis-je.  Nous sommes sur un petit chemin qui doit être emprunté deux ou trois fois par ans. Il est à l’ombre la majeure partie de la journée sauf aux heures qui entoure le zénith. L’Ophrys drumana reste en lisière, ce qui nous offre une lumière acceptable pour la photographie et un bokeh riche. La présence de la haie permet un bokeh riche et contrasté. Mais le soleil est trop haut, la lumière ne passe pas à travers la haie. Le résultat n’est pas au rendez-vous. D’autres pieds sont présents au milieu du chemin. Une chance. Cette fois le sujet est éclairé par une lumière douce diffusée par les houppiers. L’ophrys est n’est pas trop submergée par les herbes mais reste tout de même bien entouré. Des touffes vertes entourent le sujet. Du coup on peut s’en servir pour faire un premier plan flou dynamique. Le cadrage au format paysage est large, je désire montrer la plante dans son environnement.  Elle ne présente qu’une seule fleur. Elle regarde à droite. Je la place donc à gauche de l’image pour laisser respirer le sujet. J’utilise alors les herbes du même plan que le sujet et son arrière-plan pour créer un bokeh dynamique.

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Nous passons un peu plus d’une heure à les observer et les photographier. L’après-midi se termine. Il est temps pour nous de rentrer et de retrouver nos familles. Il faudra revenir à d’autres horaires ou trouver encore d’autres stations pour trouver de nouvelles inspirations. Cinq pieds ça fait maigre pour stimuler une photographie gourmande. Lors de la descente, l’Orchis moucheron (Gymnadenia conopsea) se dévoile. Déjà ! En y repensant c’est le même individu que j’ai photographié l’année précédente et qui était déjà précoce. Je raconte à mon ami ce moment inoubliable. « J’y suis allé pour le lever du soleil. La plante est isolé mais non loin, 5cm, il y des touffes d’herbes. Je vais les utiliser pour le bokeh en les intégrant dans les différents plans. Mais ce matin-là, bien plus que le sujet, c’était la lumière que je voulais immortaliser. Les rayons du soleil levant traversaient une haie. La lumière était féérique. Sujet en contre-jour, choix du cadrage,  composition de l’image, je déclenche. La photo était dans la boite. » Nous prenons tout de même quelques minutes pour l’admirer. Elle est la première de l’année.

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Le terrain est différent de toutes les autres stations du Diois. Pente forte, terrain très sec, soleil direct. Pourtant un pied d’Ophrys drumana se montre. Incroyable ! Je pensais pourtant avoir prospecté ce même lieu l’année précédente sans résultat. Mais un seul individu ça ne compte pas. Il a pu ne pas pousser les autres années. Deux pieds. Cinq pieds. Au bout deux minutes nous comptons plus de cinquante pieds. Une nouvelle station. Pas de doute, vu le nombre de plantes je suis complètement passé à côté lors de la dernière prospection. Nos familles nous attendrons dix minutes de plus. Nous en profitons pour faire quelques photos et localiser la station avant de redescendre et de rentrer.

Sur la route du retour nous discutons de nos trouvailles. Deux nouvelles stations et près d’une quinzaine d’espèces d’orchidées observées. C’était une bien belle journée. Nous nous en étions pas rendu compte, poussés par le désire de découvrir et de s’émerveiller devant la flore, mais le soleil de plomb nous a accablé et nous ne faisons plus les malins. Le silence s’imposa rapidement et nous pensons à ses découvertes et à nos prises de vues avec un sourire enfantin. Tout de même cette dernière station ! Elle confirme vraiment ce que la nature m’a appris ces dernières années. La nature offre ces plus beaux joyaux que lorsqu’on le mérite.

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L’histoire d’un nom.

La dénomination Ophrys drumana est un abus de langage. Elle se nomme officiellement Ophrys bertolonii subsp saratoi. Disons que par commodité, je parle d’Ophrys drumana. D’autres disent que la dénomination des espèces d’ophrys n’est que guéguerre entre spécialistes qui parle de la même espèce. Ce n’est pas tout à fait faux. Mais c’est principalement une question de détermination de taxon. C’est-à-dire une détermination d’une espèce à part entière ou d’une sous-espèce ? Les botanistes se battent depuis des dizaines d’années à ce sujet présentant chacun des arguments qui tiennent la route.

A l’origine, la flore de Bonnier & de Layens décrivait, en 1908, qu’une seule espèce. Ophrys bertolonii. Ce n’est que plus tard que ce taxon a mieux été décrit et plusieurs espèces en ont découlé. On parle alors d’Ophrys aurelia, O. drumana, O. catalaunica ou O. magniflora entre 1972 et 1988. En 2001 les scientifiques homogénéisent tout ça. On détermine alors une espèce, Ophrys bertolonii qui correspond à O.aurelia, et des sous-espèces comme Ophrys bertolonii subsp saratoi, ou subsp catalaunica ou encore subsp magniflora. Tout ceci est bien compliqué surtout qu’aujourd’hui les scientifiques ne sont toujours pas d’accord entre eux. Ajoutons qu’en général les livres ne parlent pas ou peu de ces noms récents. Pour qu’un maximum de personnes sache de quoi on parle, les ouvrages évoquent les noms le plus ancien pour nommer une espèce. Du coup si vous n’arrivez pas à déterminer l’espèce ou la sous-espèce, vous pouvez parler d’Ophrys bertolonii, le tout premier nom évoqué. Justement !

Pour conclure. On peut noter qu’il y a moins de 100 ans, le Bonnier évoquait une dizaine d’espèces d’Ophrys en France métropolotaine. Ophrys apifera, Ophrys fusca, Ophrys aranifera, etc. Aujourd’hui 50 taxons sont  décrits au rang d’espèces, et sont  des variantes d’espèces connus.

4 réflexions sur “Prospections dromoises

  1. Je suis comme à chaque fois abasourdi par cette aisance à naviguer dans ce labyrinthe biologique, bravo pour cet article l’ami :-)

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