Fritillaria meleagris en Rhône


Je l’ai rencontré pour la première fois au printemps 2011. Après quelques recherches dans les littératures, j’ai pu localiser une prairie dans laquelle fleurissent des centaines de fritillaires à la fin mars. Impatient et ne connaissant pas vraiment cette plante, j’ai commencé ma prospection début mars. La prairie humide était encore en partie sous l’eau. L’herbe, jaunie par le temps, avait dû être tondue en fin d’année précédente. Ça me rassurait, quelqu’un devait gérer cet espace pour assurer la pérennité de cette espèce qui se raréfie. La disparition de son habitat en est la première cause. Je n’y ai rien trouvé. Trois semaines plus tard, je refais le même parcours. Pas une fleur. En repartant, déçu, je vois sur ma gauche un point pourpre au milieu des herbes mortes. C’était une fritillaire. En refaisant une nouvelle fois le parcours, j’en vis des dizaines. J’ai appris une leçon ce jour-là. Il est facile de passer à côté d’une merveille. Il faut trouver le premier pied pour enfin voir les autres. Il y en avait même à quelques mètres de mon véhicule. Les photos n’étaient pas extraordinaires. On peut même dire qu’elles ne valaient rien.

L’année suivante j’y suis retourné pour le lever du soleil. Une partie de la prairie n’a pas été fauchée.  Une autre est encore sous l’eau. Il ne reste plus beaucoup d’espace pour qu’elle puisse se développer. Malgré le petit nombre j’y ai fait ma plus belle photo jusqu’à aujourd’hui. Fin mars les nuits sont encore fraîches, encore plus dans un marais, et plus encore au ras du sol. Des gouttelettes d’eau se sont figées en glace. Elles reprirent leur forme ronde et liquide au premier rayon de soleil qui les touchait. Cet endroit est devenu magique. Un petit lieu paradisiaque, entre glace et lumière.

Une année de plus est passée. Le soleil n’est pas encore levé sur la prairie qu’une grande déception se fait ressentir.  Le petit paradis est totalement fermé par les herbes. La prairie est encore inondée. Aucune gestion n’a pu avoir lieu cette année-là. Nulle part. J’ai tout de même fait le tour de la prairie afin de trouver la fleur. Rien. Il me fallait donc chercher ailleurs si je voulais revoir cette merveille. Les années précédentes il y avait quelques pieds en sous-bois et en lisière. J’y ai poussé mes recherches dans les bois. Par chance il y avait des pieds. Les boisements sont plus hauts que la prairie. Les sols ne sont pas gorgés d’eau. La fritillaire est une plante qui pousse dans les prairies humide, et même inondée une partie de l’année.  Mais pas trop, sinon elle ne pourra pas se développer. Deux ou trois mois suffissent.

Je suis retourné sur ce site une quatrième année. Le terrain est encore trop inondé. Ce printemps était trop pluvieux. Il ne reste que les pieds des sous-bois. La station semble être voué à disparaître. Ça me pose un réel problème. Ce lieu se trouve dans l’Est de la France, et cette espèce est principalement une espèce de l’Ouest. Durant ces 4 années j’ai cherché et prospecté d’autres stations que j’ai trouvé dans les littératures et beaucoup d’entre elles n’avaient plus une seule fritillaire. Ça en fera donc une de plus. La fritillaire pintade apprécie la prairie pâturée de manières extensive. Le sol n’est pas piétiné et le pâturage permet de garder ouvert le milieu. Avec la disparition du pastoralisme, on voit disparaître des espèces. On a souvent tort de croire que l’activité humaine ne fait que dégrader un milieu. Il permet de gérer et d’entretenir un habitat pour le développement d’espèce qui sont présentent grâce à cette activité. Bien sûr tout est un équilibre. Si on laisse le milieu ouvert c’est au détriment des espèces qui préfèrent les boisements. Mais si on laisse l’habitat se fermer cela empêche le développement des espèces des milieux ouverts. Tout est une question d’équilibre. C’est malheureux pour les fritillaires, mais j’ai déjà pu observer entre autre un busard des roseaux et un héron pourpré.

3 réflexions sur “Fritillaria meleagris en Rhône

  1. Salut,
    Super article pour une très belle fleur. J’ai eu la chance de la rencontrer pour la première fois ce printemps dans l’Est de la France mais un peu plus au Nord (Jura).
    Et sinon, je te rejoint tout à fait sur l’intérêt du pastoralisme pour la gestion des milieux et la préservation d’une certaine biodiversité.

    1. Merci Rémi pour ton message. Le pastoralisme est une grande histoire. On perd des habitats et des espèces avec la disparitions de ce type d’élevage. Sans parler de la disparition des bocages, des haies, et de leur rôle de corridor biologique, d’habitats, de nourritures et de passages.

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